UBA Magazine No13 2026 Revue

Magazine de l ’ Union Des Banques Arabes 50 Articles P endant longtemps, la criminalité financière dans les systèmes bancaires arabes a suivi un cycle identifiable : durcissement de la réglementation, adaptation des fraudeurs, puis rattrapage des établissements. La diffusion de l’IA générative rompt ce rythme, car elle profite au même moment aux attaquants et aux défenseurs. Les fonctions de conformité, dont la charge s’est fortement alourdie ces dernières années, y voient souvent un levier de réduction des coûts. Le GAFI (2021) relevait déjà que les nouvelles technologies peuvent accroître l’efficacité de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (LBC/FT), à condition d’en maîtriser les risques. Les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) illustrent cette tension. Leur positionnement comme pôles de services financiers numériques repose sur l’ouverture rapide de comptes et sur d’importants flux transfrontaliers. Or ce sont précisément les conditions qu’exploitent les fraudes assistées par l’IA. En août 2026, la société de cybersécurité Group- IB a ainsi averti que des escroqueries à l’investissement fondées sur des hypertrucages, observées aux États-Unis et en Australie, pourraient s’étendre aux marchés du Golfe (Biometric Update, 2026). Une question se pose dès lors : à quels maillons de la chaîne de contrôle l’IA doit-elle intervenir, et où le jugement humain doit-il demeurer décisif ? Nombre de travaux décrivent principalement les usages de l’intelligence artificielle dans la conformité bancaire. À leur différence, cet article propose une grille d’analyse pour répartir les responsabilités entre les systèmes automatisés et les analystes humains des établissements financiers du monde arabe. L’article défend la thèse suivante. Les banques les plus performantes ne seront pas celles qui automatisent le plus, mais celles qui sauront répartir les responsabilités entre les modèles d’IA et les analystes humains, conformément aux attentes des superviseurs. L’enjeu relève donc moins de la technologie que de la gouvernance. L’analyse, de nature qualitative, croise les textes réglementaires régionaux, les publications du GAFI et du GAFIMOAN, des données sectorielles sur la fraude à l’identité et l’expérience opérationnelle d’un éditeur de solutions de conformité. La section 2 cartographie les vulnérabilités, la section 3 propose une répartition des tâches, la section 4 dresse un état des cadres régionaux et la section 5 en dégage les implications pour les banques. Des typologies anciennes, une vitesse nouvelle Il serait tentant de présenter la fraude assistée par l’IA comme une catégorie criminelle inédite. Il est plus exact d’y voir des typologies établies qui évoluent désormais à une autre vitesse et à une autre échelle. Usurpation d’identité, identités synthétiques, faux documents, blanchiment, contournement des sanctions et dissimulation des bénéficiaires effectifs n’ont pas changé de nature. Ce qui se modifie, c’est la localisation des points de faiblesse et la rapidité avec laquelle ils cèdent. Les outils génératifs à la disposition des fraudeurs Trois familles d’outils dominent les tentatives dirigées contre les établissements financiers : - la génération d’images et de documents, qui permet de fabriquer ou d’altérer des pièces jusqu’à tromper un contrôle visuel ; - la synthèse vocale et vidéo, employée pour contourner les contrôles de vivacité (liveness) et usurper une identité en temps réel ; - les grands modèles de langage, qui produisent l’environnement documentaire d’un dossier frauduleux : courrier d’employeur, récit transactionnel cohérent, voire réponses lors d’un échange d’ouverture de compte en ligne. Aucun de ces outils n’a été conçu à des fins criminelles. Leur accessibilité fait toutefois que la sophistication technique ne constitue plus une barrière à l’entrée. Les réseaux criminels en tirent même une agilité supérieure à celle des banques, puisqu’ils ne sont soumis à aucune exigence de transparence ni de responsabilité. 2.2. L’entrée en relation C’est à ce stade que la fraude assistée par l’IA est la plus visible, et aussi la mieux combattue. Le rapport d’Entrust (2025), fondé sur plus d’un milliard de vérifications d’identité effectuées dans 195 pays entre septembre 2024 et septembre 2025, en donne la mesure. Les hypertrucages y sont associés à une tentative de fraude biométrique sur cinq. Les selfies falsifiés par ce procédé ont progressé de 58% en 2025.

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