UBA Magazine No13 2026 Revue
34 Etudes et paroles d’experts No.13 September 2026 La diaspora, capital stratégique de la spécialisation libanaise Les transferts de la diaspora jouent un rôle macroéconomique majeur au Liban, sans pour autant financer systématiquement des actifs productifs ou des entreprises innovantes. Ils permettent d'équilibrer la balance des paiements et de soutenir la consommation, mais financent encore insuffisamment l'investissement productif: ils atténuent les effets de la crise sans renforcer durablement la compétitivité de l'économie libanaise. L'enjeu consiste donc à mobiliser davantage ces ressources au service du développement économique, non pas dans une logique de simple « retour des cerveaux », mais selon une logique de circulation des compétences. Il s'agit de construire un écosystème permettant aux Libanais de contribuer au développement économique du pays, où qu'ils résident: investir dans des infrastructures nationales, financer de jeunes entreprises, transférer une expertise ou accompagner de jeunes entrepreneurs. Des initiatives telles que le Lebanese Angel Investor Network, lancé en 2026 avec cinq millions de dollars destinés à soutenir des fondateurs libanais dumonde entier, ou LebNet s'inscrivent déjà dans cette logique, mais gagneraient à être renforcées par des mécanismes de plus grande ampleur (Beirut Digital District, 2026). Risques et limites structurels de la trajectoire Cette trajectoire n'est pas exempte de risques, que l'on peut hiérarchiser en cinq catégories. Le premier tient à la qualité des données: les algorithmes apprennent à partir des données disponibles, et des bases de données publiques incomplètes ou biaisées conduiraient l'IA à reproduire ces défauts en leur conférant une apparence trompeuse d'objectivité. L'OCDE rappelle que les risques liés aux biais et au manque de transparence concernent l'ensemble de la chaîne de valeur de l'IA et doivent être anticipés dès la conception des systèmes (OCDE, 2025). Le deuxième risque est celui de la fuite des cerveaux. Si le Liban ne parvient ni à mobiliser durablement sa diaspora ni à retenir les talents émergents, la pénurie de main-d'œuvre qualifiée pourrait rapidement devenir un frein majeur au développement de l'IA, dans un pays dont la compétitivité repose avant tout sur ses compétences. Le troisième risque tient à la dépendance technologique croissante du pays. En l'absence de centres de données nationaux et d'industrie locale des semi-conducteurs, le Liban demeure largement tributaire d'infrastructures numériques étrangères, ce qui soulève des enjeux de souveraineté numérique et de protection des données. Malgré les efforts engagéspar legouvernement pour élaborer un cadre juridique relatif à la protection des données et à la gouvernance de l'IA, les informations sensibles des citoyens et des institutions demeurent exposées à des législations étrangères et à des cyberattaques, dans un contexte d'incertitude géopolitique persistante et de hausse continue des coûts liés aux infrastructures numériques. Un quatrième risque concerne le marché du travail: l'automatisation de tâches administratives et répétitives pourrait accélérer la disparition de certains emplois. Faute de politiques ambitieuses de formation et de protection sociale, cette transition pourrait accentuer le chômage et creuser les inégalités. Enfin, à mesure que les banques, les administrations et les entreprises deviennent plus dépendantes de l'IA, une cyberattaque visant des services critiques pourrait entraîner des conséquences importantes, dans un pays où les capacités de cybersécurité demeurent limitées. Conclusion et implications de politique économique La priorité, pour le Liban, n'est donc pas de choisir entre adopter ou refuser l'intelligence artificielle, mais de construire un cadre institutionnel capable d'en maximiser les bénéfices tout en limitant les risques. Dans une économie mondiale où la valeur repose de plus en plus sur la connaissance, les données et l'innovation, la compétitivité ne se mesure plus uniquement à la taille des investissements consentis, mais à la capacité d'un pays à mobiliser ses talents et à créer un environnement favorable à leur développement. Sans chercher à concurrencer les économies du Golfe sur le terrain des infrastructures et des capitaux, le Liban dispose d'un espace de spécialisation réaliste, fondé sur la formation, les services numériques et la mobilisation de sa diaspora.
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