UBA Magazine No13 2026 Revue
33 Etudes et paroles d’experts No.13 September 2026 permettant à des professionnels libanais de travailler depuis le pays pour des entreprises internationales, ou de rester connectés à l'écosystème national par le biais de la diaspora. Hayek (2026) qualifie les infrastructures du XXI ᵉ siècle d'« infrastructures transporteuses d'intelligence », soulignant qu'elles doivent permettre la circulation des données et des algorithmes autant que celle des personnes ou des marchandises. Dans cette perspective, le rôle de l'État consiste moins à piloter directement l'innovation qu'à créer un environnement favorable à son développement, par l'élaboration d'une stratégie nationale cohérente et le développement de partenariats public-privé permettant de mobiliser les capitaux et les capacités opérationnelles du secteur privé. La compétitivité du Liban dans la chaîne de valeur mondiale de l'IA reposerait ainsi moins sur le volume de ses investissements que sur la production de solutions à forte valeur ajoutée, appuyée sur son capital humain qualifié, sa capacité d'adaptation et une diaspora déjà largement intégrée aux marchés internationaux. Le secteur bancaire comme test de la confiance numérique La crise bancaire libanaise est avant tout une crise de gouvernance, entretenue par une supervision financière fragmentée, des institutions affaiblies et un déficit de transparence. Selon la lecture institutionnaliste proposée par North (1990), la technologie ne comble pas un déficit de confiance: elle le révèle. Dans son rapport d'octobre 2025 sur la gouvernance et la corruption au Liban, le FMI souligne que la confiance ne reviendra pas uniquement grâce à la croissance économique, mais grâce à des réformes institutionnelles et à une meilleure gouvernance (cité dans L'Orient-Le Jour, 2026). Dans ce contexte, la transformation numérique du secteur bancaire ne peut être pensée d'abord comme un levier commercial: elle doit d'abord servir à renforcer la conformité réglementaire et la sécurisation des opérations. Les usages de l'IA pour automatiser les procédures de connaissance du client, renforcer les dispositifs de lutte contre le blanchiment d'argent et détecter les fraudes en temps réel pourraient ainsi revêtir une importance particulière. Numériser une institution opaque ne la rend cependant pas automatiquement transparente. La vérification de l'identité constitue la base de la plupart des usages bancaires de l'IA. Le Liban n'est pas contraint de se doter d'emblée d'un système complexe: il peut procéder graduellement, en mettant en place un service national d'authentification à partir de vérifications électroniques des cartes d'identité existantes. Il n'est par ailleurs pas économiquement rationnel que chaque établissement bancaire développe séparément un système d'IA coûteux ; une infrastructure commune et supervisée réduirait les coûts et renforcerait la cohérence des contrôles. L'IA devrait servir à repérer les anomalies et à orienter le travail des responsables de conformité, sans jamais se substituer à la supervision humaine. La confiance ne reviendra pas lorsque les banques deviendront plus « modernes » en apparence, mais lorsque des résultats concrets seront observés. Une transformation nationale immédiate serait coûteuse et risquée ; le Liban gagnerait donc à sélectionner quelques établissements restructurés pour y conduire des projets pilotes, selon une logique d'expérimentation contrôlée avant généralisation. Au-delà de la vérification de l'identité, la gestion des risques constitue un second terrain d'application prioritaire. Les banques libanaises pourraient recourir à des modèles d'IA pour affiner l'évaluation du risque de crédit, renforcer la détection des transactions suspectes dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d'argent et automatiser une partie des tests de résistance imposés par les régulateurs. Ces usages revêtent une importance particulière dans le contexte libanais: la perte progressive de relations de correspondance bancaire avec des établissements internationaux, consécutive aux doutes sur la robustesse des dispositifs de conformité, a considérablement restreint l'accès du secteur aux marchés financiers mondiaux. Un alignement crédible sur les standards internationaux de conformité, ceux du Groupe d'action financière en matière de lutte contre le blanchiment, ou les principes de supervision prudentielle du Comité de Bâle, pourrait contribuer à restaurer ces relations, à condition que les outils d'IA s'accompagnent d'une gouvernance rigoureuse des données et d'une supervision humaine effective. À défaut, le risque est que la modernisation technologique masque, sans les résoudre, les failles de gouvernance à l'origine de la crise.
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