UBA Magazine No13 2026 Revue

31 Etudes et paroles d’experts No.13 September 2026 moins technologique qu'institutionnel: une administration fragmentée, où les données restent dispersées entre systèmes qui communiquent difficilement entre eux, ne devient pas automatiquement plus efficace parce qu'elle se dote d'outils d'IA. Dans un tel contexte, la technologie risque davantage de se superposer aux dysfonctionnements existants que de les résoudre. Consolider les fondations avant d'investir dans les algorithmes Le ministre Kamal Chehade défend l'idée que la priorité immédiate consiste à simplifier et à accélérer les démarches administratives du secteur public, en s'inspirant des modèles éprouvés des pays duGolfe, plutôt que d'attendre la résolution complète des problèmes de connectivité. Cette approche graduelle trouve un appui dans l'amélioration conjoncturelle de l'économie libanaise. Selon le Lebanon Economic Monitor de la Banque mondiale publié en janvier 2026, le PIB réel du pays a progressé de 3,5% en 2025, après une contraction cumulée proche de 40%depuis 2019. Ce rebond tient à l'effet conjugué du redressement du tourisme, de la consommation privée soutenue par les transferts de la diaspora et d'une dollarisation croissante des salaires (Banque mondiale, 2026). Ce rebond demeure toutefois qualifié de « fragile » par l'institution elle-même: la reprise du tourisme, moteur principal de la croissance, a notamment été freinée par la persistance des tensions régionales et par l'escalade militaire qui a marqué une partie de l'année (Sarradin et al., 2026). Cette amélioration macroéconomique ne doit pas masquer la nature essentiellement défensive des transferts de la diaspora, qui financent avant tout la consommation courante des ménages plutôt que l'investissement, l'innovation ou les exportations. L'enjeu consiste donc à transformer une partie de ces flux, ainsi que l'intelligence artificielle elle-même, en instruments de production susceptibles d'améliorer la productivité des entreprises libanaises, de réduire les coûts d'accès aux marchés étrangers et de développer des services exportables. Il serait toutefois inexact de présenter le Liban comme un désert numérique: si la crise a durablement affaibli ses institutions et ses capacités d'investissement, elle n'a pas fait disparaître un capital humain, universitaire et entrepreneurial encore significatif. Le problème central réside moins dans l'absence de ressources que dans la difficulté à les convertir en un système d'innovation stable. Cette lecture institutionnaliste, dans la lignée des travaux de North (1990), invite à la prudence: une administration fragmentée ne devient pas automatiquement plus efficace parce qu'elle se dote d'outils d'IA. Cette difficulté est d'abord institutionnelle. Le déficit numérique du Liban ne se mesure pas seulement en kilomètres de fibre optique ou en capacité de calcul: il se manifeste dans la fragmentation des systèmes administratifs et la faiblesse de la gouvernance des données. Une architecture institutionnelle fragile ne permet pas à l'intelligence artificielle de fonctionner efficacement ; l'interopérabilité des systèmes d'administration constitue, à cet égard, une condition préalable à tout déploiement large de l'IA dans les services publics. Le Liban dispose pourtant, sur ce terrain précis, d'un acquis significatif qu'il gagnerait à consolider plutôt qu'à sous-estimer: le registre social numérique DAEM. Mis en place dans le cadre du programme d'aide d'urgence financé par la Banque mondiale, ce registre a permis d'enregistrer près de la moitié de la population libanaise en l'espace de deux mois et de verser des transferts monétaires à plusieurs dizaines de milliers de ménages vulnérables, avec un dispositif de contrôle tiers destiné à limiter les risques de fraude (Banque mondiale, 2023 ; Banque mondiale, 2025). Ce succès, obtenu dans un contexte de crise aiguë, montre qu'un dispositif numérique intégré peut produire des résultats significatifs dès lors qu'il repose sur un objectif clair, des données organisées et une architecture de mise en œuvre bien définie. Il pourrait, à ce titre, servir de point d'appui à l'élargissement de l'interopérabilité administrative plutôt

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