UBA Magazine No13 2026 Revue

16 Etudes et paroles d’experts No.13 September 2026 Un lien avec la rentabilité quasi inexistant La performance n’a pas suivi le même rythme. Lorsqu’on compare deux banques du Golfe, celle qui consacre davantage de place à l’IA n’est pas plus rentable de façon systématique. Ce résultat vaut pour le rendement des actifs comme pour celui des fonds propres. Il se maintient après prise en compte de la taille, de la qualité des actifs et de l’environnement macroéconomique. À l’échelle du secteur, la relation entre discours et rentabilité est pratiquement nulle. Le suivi de chaque banque dans le temps fait apparaître un signal positif ténu. Les établissements tendent à obtenir des résultats légèrement meilleurs les années où ils décrivent leurs projets d’IA avec davantage d’assurance. Cet effet reste toutefois faible et à la limite de la significativité statistique. Il s’affaiblit nettement lorsque le marché le plus avancé de la région est retiré de l’échantillon. Il s’agit donc d’un indice, et non d’un résultat établi. Ce constat nuance celui d’Ali et Aysan (2025) sur un échantillonmondial de banques islamiques. Trois différences peuvent expliquer cette divergence : la mesure retenue (le ton du discours plutôt que son volume), la période couverte et la composition géographique de l’échantillon. Le principal déterminant de la rentabilité demeure, en revanche, l’un des fondamentaux du métier bancaire : la qualité du portefeuille de crédit. Elle explique mieux les résultats que toute mesure technologique, que la croissance ou que la conjoncture. Des écarts marqués entre marchés La moyenne régionale masque une forte dispersion (tableau 1). Sur les trois derniers exercices (2023-2025), en ne comptant qu’une fois chaque groupe bancaire, la part des rapports abordant l’IA varie de 31 % à Bahreïn à 77 % au Koweït et en Arabie saoudite. Le Qatar (72 %) et les Émirats arabes unis (64 %) occupent une position intermédiaire, tandis qu’Oman (35 %) rejoint Bahreïn en fin de classement. Tableau 1. L’IA dans les rapports annuels des banques du Golfe, par marché, 2023-2025 Source:  Analyse d'Ahmet Faruk Aysan et de Hassnian Ali à partir des rapports annuels des banques du CCG. La profondeur est le nombre médian de phrases consacrées à l’IA pour mille phrases de texte, calculé sur les seuls rapports qui l’abordent. Chaque groupe bancaire est compté une fois. Le tableau mesure la communication, non le déploiement. Marché Groupes bancaires Rapports Part abordant l’IA Profondeur Koweït 8 22 77 % 0,87 Arabie saoudite 9 22 77 % 0,99 Qatar 11 29 72 % 1,58 Émirats arabes unis 15 39 64 % 1,98 Oman 7 20 35 % 0,46 Bahreïn 14 39 31 % 0,96 L’indicateur de profondeur modifie sensiblement ce classement. Parmi les rapports qui abordent le sujet, les Émirats arabes unis arrivent en tête avec une médiane de 1,98 phrase pour mille, soit plus du double du Koweït (0,87). Le Qatar suit avec 1,58. Les banques émiriennes et qatariennes abordent donc l’IA dans moins de rapports, mais la développent plus longuement lorsqu’elles le font. La longueur des rapports étant comparable d’un marché à l’autre, cette différence traduit un véritable choix d’accent. Deux précautions s’imposent. Ces chiffres mesurent ce que les banques publient, non ce qu’elles ont déployé. Par ailleurs, les marchés ne sont pas composés de la même manière. Les banques cotées de Bahreïn comprennent plusieurs établissements de banque de gros et d’investissement, dont les rapports traitent peu des technologies destinées à la clientèle de détail, ce qui abaisse mécaniquement le score du pays. Une correspondance mérite enfin d’être relevée. Le Qatar et les Émirats arabes unis, dont les banques développent le plus longuement le sujet, sont aussi les deux États du CCG dont la banque centrale a publié des lignes directrices consacrées à l’IA. La Banque centrale du Qatar a diffusé son Artificial Intelligence Guideline le 4 septembre 2024 (Qatar News Agency, 2024). La Banque centrale des Émirats arabes unis a suivi le 11 février 2026 avec une note d’orientation sur l’usage responsable de l’IA (CBUAE,

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