UBA Magazine No13 2026 Revue

53 Magazine de l ’ Union Des Banques Arabes Articles Ce qui relevait hier des bonnes pratiques devient progressivement une attente des superviseurs. Les textes examinés dans cette section relèvent de trois logiques distinctes. Les Émirats arabes unis et la Jordanie ont adopté des cadres propres à l’IA : une note d’orientation de la CBUAE publiée le 11 février 2026 et un cadre de la Banque centrale de Jordanie publié en août 2025. L’Égypte aborde l’IA principalement sous l’angle de l’inclusion financière, à travers un modèle de notation développé avec I-Score. L’Irak et le Liban, enfin, sont engagés dans la réforme de leur dispositif de LBC/FT. Tous deux figurent sur la liste de surveillance renforcée du GAFI, depuis juin 2026 pour le premier et octobre 2024 pour le second. Les sous-sections qui suivent examinent successivement ces trois situations. Les Émirats arabes unis : une supervision humaine graduée Le 11 février 2026, la Banque centrale des Émirats arabes unis (CBUAE) a publié une note d’orientation sur la protection du consommateur et l’usage responsable de l’IA et de l’apprentissage automatique (CBUAE, 2026a). Ce texte non contraignant formalise des attentes précises et distingue trois modèles de supervision humaine : - human-in-the-loop : l’IA formule des recommandations, mais un décideur humain conserve l’entière autorité pour les approuver ou les rejeter ; - human-on-the-loop : l’IA traite de façon autonome les tâches courantes, sous la surveillance d’un humain habilité à intervenir ; - human-out-of-the-loop : l’IA opère sans intervention humaine directe, ce mode étant réservé aux processus à faible risque et non significatifs. Le niveau d’intervention humaine doit être proportionné aux risques que le système fait peser sur le consommateur. La note invite en outre les établissements à recourir à l’IA, lorsque c’est possible, pour détecter la fraude, les activités criminelles et les opérations suspectes. Elle attend enfin des établissements qu’ils soient en mesure d’expliquer le fonctionnement de leurs systèmes et mentionne, à titre d’exemple, des méthodes d’interprétabilité telles que SHAP. Cette note s’inscrit dans un durcissement plus large du cadre de LBC/FT. Le décret-loi fédéral n° 10 de 2025, entré en vigueur le 14 octobre 2025, a remplacé la loi fédérale n° 20 de 2018 (Émirats arabes unis, 2025 ; White & Case, 2025). Il porte les amendes applicables aux personnes morales à un montant compris entre 5 et 100 millions de dirhams. Il étend aussi la responsabilité pénale des dirigeants et vise expressément les systèmes numériques, les actifs virtuels et les technologies de chiffrement. Le 16 avril 2026, la CBUAE a complété ce dispositif par un ensemble de lignes directrices portant notamment sur la vigilance à l’égard de la clientèle et sur l’approche fondée sur les risques (CBUAE, 2026b). Pour le responsable de la déclaration des opérations suspectes (MLRO), le calcul change sensiblement. Une lacune dans le raisonnement d’un modèle n’est plus seulement un risque technologique. Elle devient un risque de conformité pour celui qui en valide les conclusions. La Jordanie et l’Égypte : gouvernance et inclusion En août 2025, la Banque centrale de Jordanie a publié un cadre réglementaire pour l’usage de l’IA dans le secteur bancaire (Central Bank of Jordan, 2025 ; Jordan Times, 2025). Celui-ci couvre la gouvernance, la gestion des risques, la protection des données et l’adoption responsable des technologies. Un comité de pilotage consacré à l’IA et aux technologies financières émergentes accompagne sa mise en œuvre. La Banque centrale d’Égypte suit une trajectoire parallèle, davantage orientée vers l’infrastructure et l’inclusion financière. Elle a développé avec le bureau de crédit I-Score un modèle comportemental de notation fondé sur des données alternatives et sur l’apprentissage automatique (Zawya, 2025). Selon la même source, le taux d’inclusion financière des particuliers atteignait 76,3% en juin 2025, contre 27,4% en 2016. La priorité égyptienne porte donc moins, à ce stade, sur une gouvernance propre à la fraude. L’orientation d’ensemble reste néanmoins commune aux trois pays : l’IA devient un domaine formalisé, doté de sa propre supervision. Les juridictions en réforme D’autres systèmes bancaires de la région se trouvent à un stade différent. Le 19 juin 2026, le GAFI a replacé l’Irak sous surveillance renforcée, statut qu’il avait déjà connu de 2013 à 2018 (GAFI, 2026 ; ComplyAdvantage, 2026). La

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