UBA Magazine No13 2026 Revue

26 Etudes et paroles d’experts No.13 September 2026 numérisation croissante des activités bancaires élargit en outre la surface d'exposition aux cybermenaces et impose des arbitrages entre cloud international et solutions souveraines (Elashi, 2026). L'empreinte environnementale de l'IA constitue un dernier facteur de vulnérabilité, particulièrement sensible dans des économies désertiques déjà engagées dans une transition énergétique: une requête adressée à un système d'IA générative mobilise, selon certaines estimations, un ordre de grandeur d'énergie sensiblement supérieur à celui d'une requête sur un moteur de recherche classique (Obono, 2026: Bayol, 2026). Le refroidissement des centres de données requiert des volumes d'eau importants, tandis que l'extraction des terres rares et métaux nécessaires aux semi- conducteurs engendre des externalités environnementales non négligeables (Ramdani et al., 2025), en tension avec les objectifs climatiques des pays du Golfe. Ces vulnérabilités ne sont pas propres au Golfe, mais leur combinaison, pénurie de compétences, dépendance matérielle, exposition cyber et contrainte environnementale, y est particulièrement concentrée du fait de la vitesse à laquelle la région ambitionne de rattraper, voire de dépasser, les places financières plus anciennes. Cette concentration de risques appelle une lecture prudente des annonces d'investissement: la capacité financière des banques du Golfe est une condition nécessaire, mais non suffisante, d'un avantage compétitif durable, qui dépend aussi de la disponibilité de compétences locales, de la résilience des chaînes d'approvisionnement et de choix énergétiques compatibles avec les engagements climatiques de ces mêmes États. Sous réserve de la gestion de ces vulnérabilités, les investissements engagés suggèrent que les banques du Golfe ambitionnent de positionner la région comme un pôle significatif de l'innovation financière fondée sur l'IA, le développement de grands modèles de langage arabes pouvant constituer un vecteur de diffusion vers d'autres marchés bancaires arabes, une trajectoire conditionnée par la capacité des acteurs régionaux à transformer ces annonces en capacités effectivement opérationnelles. L'analyse conduite dans cet article montre que les banques du Golfe occupent une position distinctive dans la transformation du secteur bancaire mondial par l'intelligence artificielle. Cette position résulte moins du volume absolu des capitaux engagés, comparable à celui observé ailleurs, que d'une articulation étroite entre stratégies nationales de diversification, capacités financières des banques et adaptation progressive du cadre prudentiel. Les usages observés, gestion de patrimoine, octroi de crédit, lutte contre le blanchiment de capitaux, cybersécurité, traduisent une intégration de l'IA dans l'ensemble de la chaîne de valeur bancaire, et non plus seulement dans ses fonctions les plus visibles. La comparaison avec les modèles américain, européen et chinois fait apparaître une hybridation propre au Golfe, combinant l'ambition industrielle observée en Chine avec Conclusion une recherche de partenariats internationaux plus proche des pratiques occidentales. Cette hybridation ne garantit cependant pas, à elle seule, la pérennité du leadership régional, dont la solidité dépendra de la capacité des acteurs concernés à résorber le déficit de compétences, à réduire la dépendance technologique, et à concilier l'expansion de l'infrastructure de calcul avec les objectifs de transition énergétique de la région. Le développement de grands modèles de langage arabes ouvre, par ailleurs, une perspective de diffusion des innovations bancaires du Golfe vers l'ensemble du secteur bancaire arabe, dont la matérialisation empirique reste à documenter. Des travaux ultérieurs, fondés sur des données bancaires désagrégées, permettraient d'apprécier plus précisément l'incidence de ces usages sur la performance et la stabilité des établissements concernés.

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