UBA Magazine No13 2026 Revue
25 Etudes et paroles d’experts No.13 September 2026 distinctifs du positionnement des banques du Golfe tient ainsi à la mise en place progressive d'un cadre régional de gouvernance de l'IA. En février 2026, la banque centrale des Émirats arabes unis a publié une note d'orientation qui impose aux établissements financiers une gouvernance renforcée, une exigence de transparence des modèles, une supervision humaine et des garanties de cybersécurité (Nivetha Dayanand, 2026: Regulations.Ai, 2026), dans la continuité des principes promus par l'OCDE (OECD.AI , s. d.) et le NIST (2026). La gouvernance bahreïnienne suit une logique complémentaire, davantageorientée vers l'expérimentation contrôlée: dès 2017, la banque centrale de Bahreïn a mis en place un bac à sable réglementaire (regulatory sandbox), permettant aux banques et fintechs de tester de nouvelles solutions d'IA dans un environnement sécurisé avant commercialisation. Cette diversité des approches au sein du CCG traduit une recherche commune d'équilibre entre innovation, protection du consommateur et stabilité financière, telle que promue par le Conseil de stabilité financière (Financial Stability Board, s. d.). L'analyse comparative avec les grandes places financières internationales éclaire la spécificité du modèle du Golfe. Aux États-Unis, les investissements en IA procèdent principalement de stratégies propres à chaque établissement, dans une logique de compétitivité commerciale portée par le secteur privé. Le modèle du CCG s'en distingue par son inscription dans une politique industrielle nationale explicite, où États, banques centrales et fonds souverains jouent un rôle moteur, souvent en appui de partenariats internationaux. Alors que l'IA constitue, pour les banques américaines, un levier de compétitivité dans un marché déjà mature, elle représente, pour les banques du Golfe, un instrument de diversification économique et de construction d'une économie post-pétrolière. L'Union européenne, quant à elle, a pris une avance normative avec l'adoption du règlement sur l'intelligence artificielle (AI Act) en 2024, premier cadre horizontal contraignant consacré à cette technologie (Règlement UE 2024/1689, s. d.), centré sur la gestion des risques et la protection des droits fondamentaux, y compris la protection des données personnelles établie par le RGPD (2024). Les pays du Golfe ajustent en comparaison leur cadre de manière plus itérative, ce qui autorise un déploiement plus rapide sans traduire, à ce stade, un niveau d'exigence inférieur en matière de protection des consommateurs, un arbitrage différent entre rapidité d'innovation et prudence réglementaire, dont les effets restent à documenter. La comparaison avec la Chine fait apparaître une similitude plus marquée: dans les deux cas, l'État joue un rôle moteur, l'IA étant considérée comme un secteur stratégique ne pouvant être laissé aux seules forces du marché. Les mécanismes diffèrent néanmoins: la Chine privilégie des champions technologiques nationaux au sein d'un écosystème autonome, tandis que les pays du Golfe recherchent activement des partenariats internationaux, à l'image des accords conclus par HUMAIN. Cette hybridation entre logique industrielle et ouverture internationale place les banques du Golfe en concurrence directe avec d'autres centres financiers ayant fait de l'IA un axe de leur stratégie d'attractivité, à l'image de Singapour oude Londres, dont les autorités ont aussi développé des dispositifs d'expérimentation comparables au bac à sable bahreïnien. L'avantage du Golfe réside moins dans l'antériorité de son expertise technique, plus récente que celle de ces centres établis, que dans la disponibilité de capitaux publics patients et la rapidité de la décision politique, qui permettent de compenser un déficit initial de compétences locales par l'attraction de talents internationaux, comme l'illustrent les partenariats noués par HUMAIN et les principales banques émiraties. Cette position favorable n'est cependant pas exempte de vulnérabilités susceptibles d'en conditionner la pérennité. Le Forum économique mondial souligne que la demande en spécialistes de la donnée, en ingénieurs IA et en experts cybersécurité excède largement l'offre disponible mondialement (World Economic Forum, 2025), une tension qui touche particulièrement des marchés du travail de taille réduite comme ceux du Golfe. La région demeure par ailleurs fortement dépendante de fournisseurs internationaux pour les composants critiques de l'écosystème de l'IA, notamment les semi-conducteurs de haute performance, une dépendance accrue par le contexte géopolitique régional et les restrictions croissantes sur les exportations de technologies avancées (Graham & Nicol-Schwarz, 2026: Besbes, 2026). La
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MTMxNjY0Ng==