UBA Magazine No13 2026 Revue

22 Etudes et paroles d’experts No.13 September 2026 Cet article examine la manière dont les banques du Golfe se sont positionnées à l'avant-garde de la transformation du secteur bancaire par l'intelligence artificielle. S'appuyant sur une analyse comparative des principales économies du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et des usages bancaires de l'IA, gestion de patrimoine, octroi de crédit, lutte contre le blanchiment de capitaux, cybersécurité, il met en évidence une trajectoire singulière, portée par une articulation étroite entre politique industrielle et stratégie bancaire. L'article situe ensuite cette dynamique dans une perspective comparative internationale, en la confrontant aux modèles américain, européen et chinois de gouvernance de l'intelligence artificielle, avant d'en examiner les conditions de pérennité. 1. Vers un nouveau modèle de croissance: l'intelligence artificielle comme catalyseur de la transformation économique Les stratégies de diversification actuellement mises en œuvre par les pays du Golfe se distinguent de leurs devancières par un caractère plus structurel: la croissance régionale s'appuie désormais sur l'expansion des secteurs non pétroliers plutôt que sur le seul réinvestissement de la rente. Selon les projections de la Banque mondiale et d'Oxford Economics, le PIB régional du CCG devrait croître d'environ 4,5% en 2026, porté par la diversification sectorielle (GCC Business Watch, 2026). L'intelligence artificielle est explicitement mobilisée comme un instrument de cette transition: les annonces d'investissement dans les capacités de calcul et les centres de données dédiés à l'IA dans la région dépassent 30 milliards de dollars jusqu'en 2030 (Analysys Mason, 2025). Ces montants, bien qu'appréciables à l'échelle régionale, restent d'un ordre de grandeur inférieur à ceux observés aux États-Unis ou en Chine, ce qui invite à situer la spécificité du modèle du Golfe non dans le volume des capitaux engagés, mais dans le degré de coordination entre État, banques centrales et secteur bancaire. Les Émirats arabes unis ont figuré parmi les premiers pays à se doter d'une politique nationale d'intelligence artificielle, matérialisée notamment par la création de la Mohamed bin Zayed University of Artificial Intelligence (MBZUAI), premier établissement d'enseignement supérieur au monde entièrement consacré à cette discipline (MBZUAI, 2026). Cette ambition trouve une traduction empirique dans le classement 2026 de l'Evident AI Index for Banks – Middle East and Africa, qui positionne trois banques émiraties, Emirates NBD, First Abu Dhabi Bank et Mashreq, parmi les dix établissements les plus matures de la région, Emirates NBD occupant la première place devant vingt-quatre autres banques (Abbas, 2026: Evident Insights, 2026). L'Arabie saoudite poursuit une trajectoire comparable, avec des investissements orientés vers l'informatique en nuage, les semi-conducteurs et les biotechnologies, dans le cadre de la Vision 2030, dont les objectifs déclarés incluent la formation de 20 000 spécialistes en IA et en science des données, le soutien à au moins 300 start-ups, ainsi qu'un positionnement parmi les quinze premiers pays mondiaux en matière d'IA à l'horizon 2030 (Naftalin, 2026: The Vanderbilt Portfolio, 2026). Le lancement de l'entreprise HUMAIN illustre cette ambition et repose sur trois piliers: une approche « intégrée » visant à maîtriser l'ensemble de la chaîne de valeur de l'IA dans un objectif de souveraineté numérique, le développement de grands modèles de langage adaptés à l'arabe pour réduire la dépendance aux modèles étrangers, et une stratégie de partenariats internationaux, HUMAIN ayant ainsi conclu des accords avec Amazon Web Services, Qualcomm, AMD ou Cohere (HUMAIN, s. d.). Le Qatar adopte une stratégie plus ciblée, reposant sur six axes, éducation, accès aux données, emploi, développement des entreprises, recherche et éthique. La Qatar Central Bank a ainsi lancé, dès 2023, une stratégie FinTech quinquennale mettant l'accent sur l'open banking, les plateformes API et la modernisation de l'infrastructure du marché financier, une approche moins spectaculaire que celle de l'Arabie saoudite, mais qui traduit une volonté similaire d'ancrage de long terme.

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