UBA Magazine No13 2026 Revue
67 Le Monde Autrement No.13 September 2026 Du traitement des maladies à celui du vieillissement Pendant des décennies, la médecine a appréhendé les maladies liées à l'âge comme autant d'affections distinctes. Les maladies cardiovasculaires, les cancers, les démences ou encore l'ostéoporose étaient ainsi traités séparément, comme s'ils relevaient de mécanismes biologiques indépendants. La médecine de la longévité bouleverse aujourd'hui cette conception. Près des trois quarts des décès dans le monde sont imputables à des maladies associées au vieillissement. Plutôt que de s'attacher à combattre chacune d'elles isolément, les chercheurs s'efforcent désormais d'agir sur leur origine commune: les processus cellulaires et moléculaires qui sous- tendent le vieillissement de l'organisme. Ce changement de paradigme ouvre la voie à des approches qui relevaient encore récemment de la science-fiction. Les premiers essais cliniques évaluant les médicaments sénolytiques, conçus pour éliminer de manière sélective les cellules sénescentes, souvent qualifiées de « ellules zombies en raison de leur persistance dans les tissus et de leur contribution à l'inflammation chronique, ont fait état de résultats encourageants, notamment une amélioration de la mobilité ainsi qu'une réduction de plusieurs marqueurs inflammatoires chez des patients âgés. En outre, la reprogrammation cellulaire partielle, qui consiste à ramener des cellules vieillissantes vers un état plus juvénile grâce aux facteurs de Yamanaka, a permis, dans des modèles animaux, d'inverser plusieurs marqueurs du vieillissement, sans entraîner de risque de cancérisation qui constituait la principale préoccupation lors des premières expérimentations. Par ailleurs, les essais cliniques de longue durée évaluant l'administration de faibles doses de rapamycine — un ancien immunosuppresseur désormais réorienté vers la médecine de la longévité — continuent de produire des résultats prometteurs. Quant aux agonistes du GLP-1, initialement développés pour le traitement du diabète et de l'obésité, ils sont désormais considérés comme des candidats sérieux pour prévenir ou atténuer les dysfonctionnements métaboliques qui accélèrent le vieillissement. L’essor de l’âge biologique L'une des avancées les plus prometteuses ne réside peut-être pas dans un nouveau traitement, mais dans une nouvelle manière de mesurer le vieillissement. Grâce aux horloges épigénétiques et à d'autres biomarqueurs, les chercheurs sont désormais en mesure d'estimer l'âge biologique d'une personne, c'est-à-dire le degré réel de vieillissement de son organisme, indépendamment de son âge chronologique. Cette distinction est essentielle. Elle transforme le vieillissement, longtemps perçu comme une simple conséquence du temps qui passe, en une variable biologique sur laquelle il devient possible d'agir. L'alimentation, la qualité du sommeil, l'activité physique ou encore certains traitements médicamenteux pourraient ainsi modifier cet âge biologique de manière mesurable. À terme, ces indicateurs pourraient également être intégrés par les autorités de santé et les compagnies d'assurance dans leurs modèles d'évaluation des risques. «Le vieillissement pourrait bientôt être considéré comme une maladie à traiter plutôt que comme une étape inévitable de la vie», déclarait le généticien de Harvard David Sinclair lors du World Governments Summit, en février 2026, comparant cette évolution aux grandes révolutions médicales qu'ont représentées la vaccination ou l'accès à l'eau potable.
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