UBA Magazine No13 2026 Revue

19 Etudes et paroles d’experts No.13 September 2026 ENCADRÉ — LES QUESTIONS DU CONSEIL D’ADMINISTRATION Cinq questions auxquelles tout conseil d’une banque arabe devrait pouvoir répondre • Quelle part des opérations aboutit désormais sans intervention manuelle, et comment cette part a-t-elle évolué en douze mois ? • Lesquels de nos déploiements d’IA reposent sur des données qu’un concurrent ne pourrait obtenir, et lesquels n’importe quelle banque pourrait-elle acheter demain ? • Qui valide nos modèles, et qui répond de leurs erreurs ? • Si un client veut savoir pourquoi sa demande a été refusée, pouvons-nous lui répondre en une phrase qu’il jugerait recevable ? • Quelle part de notre infrastructure technologique dépend d’un seul fournisseur, et quelle serait notre situation en cas de défaillance de celui-ci ? Les banques islamiques : une opportunité et une contrainte La seconde dimension régionale concerne la finance islamique. Celle-ci se prête particulièrement bien à ce que la technologie fait demieux, cequi rendd’autant plusparadoxale la discrétion de ses établissements sur le sujet. Ses contrats sont, par construction, riches en documents et encadrés par des règles, avec des exigences d’ordonnancement des opérations qui ont une portée juridique réelle. L’audit de conformité à la charia repose aujourd’hui largement sur des sondages, faute de pouvoir examiner chaque contrat. La lecture automatisée rend possible, pour la première fois, un contrôle exhaustif du portefeuille. La gouvernance joue ici en sens inverse. Les principes de l’IFSB (2009) confient au comité de supervision charia une responsabilité dans la conformité de l’établissement aux préceptes islamiques. Il ne saurait l’exercer sur un processus dont la logique lui échappe. L’explicabilité des modèles constitue donc, pour les banques islamiques, une exigence de gouvernance et non une simple préférence prudentielle. Les établissements qui traiteront l’examen charia comme une étape d’approbation finale, plutôt que comme une contrainte de conception, devro nt reconstruire leurs systèmes. Conclusion Principaux enseignements Trois enseignements se dégagent. D’abord, le discours des banques du Golfe sur l’IA s’est diffusé en une décennie à une vitesse rare. Ensuite, son intensité ne permet pas, à ce stade, de distinguer les banques les plus rentables, la qualité du crédit demeurant le premier déterminant de la performance. Enfin, ce décalage tient davantage au calendrier et à la nature des applications déployées qu’à une limite intrinsèque de la technologie. Recommandations Il en découle cinq recommandations à l’intention des conseils d’administration : 1. Cesser de tenir le discours pour un progrès, et exiger des indicateurs opérationnels vérifiables : part des opérations traitées sans intervention manuelle, taux de fausses alertes, délai de décision de crédit, heures restituées aux métiers. 2. Financer la remise en ordre des données comme une infrastructure, sur un programme pluriannuel protégé du cycle budgétaire et jugé sur son achèvement. 3. Construire des capacités internes là où les données propres de la banque créent un avantage, et n’acheter que les fonctions banalisées. 4.Mettre enplace la gouvernancedesmodèles avant leur généralisation : validation, responsabilité, tests de biais et voies de recours sont bien moins coûteux à concevoir qu’à rétablir. 5. Mutualiser ce qui peut l’être — typologies de fraude, normes de validation, conventions de publication, formats de déclaration — au sein d’instances sectorielles telles que l’Union des Banques Arabes. Les cinq questions de l’encadré figurant à la section 6.2 permettent à chaque conseil de vérifier où en est son établissement au regard de ces orientations.

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